TAHAR BEN JELLOUN : ECRIVAIN UNIVERSELTAHAR BEN JELLOUN n’aime pas les mondanités, c’est à travers ses écrits qu’il préfère transmettre les messages de paix, quoique …
Le dernier ouvrage de l’écrivain franco-marocain « Au pays» interroge sur l’immigration et sur le mythe du retour. Un fantasme installé dans la tête d’un homme, qui n’a vécu que pour son propre retour au pays. Mais la déception est grande quand il se rend compte que son désir n’était pas celui de ses enfants et qu’il est sans doute passé à côté de l’essentiel.
Taille moyenne, barbe de 3 jours grisonnante, allure tranquille, on perçoit dans le regard sombre de l’auteur un enfant blessé, mais combatif. En y regardant de plus près, on peut se rendre compte de la profondeur de l’espoir ancré en lui. Tahar Ben Jelloun est à la fois agaçant, passionnant, surprenant, humain. Il passe volontiers du roman à la poésie écrivant des chroniques, donnant son point de vue sur l’actualité, sur la politique, sur le racisme, sur le handicap. De Tanger, il nous fait parvenir des écrits toujours engagés . Lorsque l’on s’attarde sur la biographie de Tahar Benjelloun, on comprend que sa passion pour l’écriture est peut être née un jour de l’année 1965. Il se trouve alors avec d’autres étudiants, interné dans un camp disciplinaire de l’Armée marocaine, après avoir manifesté à Rabat contre les excès du pouvoir. Dix huit mois de détention : une expérience décisive. Elle inspira son premier recueil de poésies « Hommes sous linceul de silence », sorti en 1970 et préfacé par Abraham Serfaty. Cette expérience l’accompagne. Il poursuit son chemin en parlant des autres, de la vie, de ses affres, écrivant ce que les autres ne peuvent pas écrire. Dans une approche universelle, il met son talent au service des autres. C’est l’attachement à la francophonie qui le pousse à quitter le Maroc en 1971, mais c’est la solitude qui l’attend en France, celle de l’exilé. Isolement, détresse affective : le lot commun des immigrés venus du Maghreb chercher une meilleure vie, chercher du travail. Cette expérience l’amène à écrire « La plus haute des solitudes », où il rend hommage aux hommes venus pour améliorer les conditions de vie de leur famille restée au pays. Cette solitude extrême l’amène plus tard à écrire sur l’hospitalité française, sur la façon d’accueillir les étrangers. Le livre dérange, il provoque : Tahar Ben Jelloun est à l’aise dans son rôle de poil à gratter.
Homme d’ici et de là bas, d’ailleurs, en voyage mais toujours présent, il aime à relier avec sa plume et ses propos, les différentes facettes de la condition humaine. Ici, il aborde le monde avec beaucoup de pudeur, de chaleur humaine. Ce va-et-vient entre le pays de naissance et la terre qui l’a accueilli. Là, il nous parle de sa mère avec tendresse, tristesse parfois, mais toujours avec une lueur d’espoir, comme si être né « là bas » et « vivre ici » n’était qu’un point de vu. En 2000, Tahar Ben Jelloun suscite à nouveau la polémique, double cette fois, puisque française et marocaine, quand il sort son ouvrage « Aveuglante lumière ». Le livre aborde la souffrance de la séquestration d’un homme et de ses compagnons enfermés pendant 18 ans dans des conditions inhumaines, au bagne de Tazmamarte.
Tahar Ben Jelloun est aujourd’hui l’écrivain francophone le plus traduit dans le monde. Ses livres parlent à des hommes innombrables, sur toute la surface de la terre ou presque. En anglais, en chinois, en arabe, en indonésien, en allemand, en lituanien, en hindi ou en hébreu ! Quarante-trois langues, comme autant d’incarnations d’un personnage qui, pourtant, par la force de la littérature, demeure le même. Pour lui, les origines et les racines ne sont pas des fardeaux. Il n’est ni disposé, ni capable de les dissimuler, encore moins de les nier. C’est une question réglée : le Maroc est une nation bien ancrée dans l'histoire, qui a eu la chance de ne pas être dépouillée de ses racines par une colonisation agressive. De New York à Tokyo, en passant par Paris. Si loin, si proche. Les voyages qui l’éloignent du Maroc l’en rapprochent un peu plus : sa lumière, ses odeurs, ses contradictions, ses incohérences, ses bruits, sa musique et sa beauté lui manquent. Tout cet amour ne l’empêche pas d’être lucide et objectif quand il parle de son pays natal. Oui, il est fier d’être un marocain, mais reste vigilant et critique. L’œuvre de Tahar Ben Jelloun est une mosaïque qui traverse le temps et l’espace. Elle relie l’Orient et l’Occident, et en cela est une œuvre universelle. Poésie, littérature, paix, il traite de tous les sujets de société. Revêtant volontiers les habits de professeur pour nous enseigner la philosophie. Dans son livre « Sur ma mère », il aborde la maladie d’Alzheimer, nous bouleverse et interpelle au plus haut sommet les autorités sur la maladie. Pugnace et déterminé, lorsqu’il est décoré de la Légion d’honneur en Octobre dernier, ses amis proches sont présents et son fils trisomique Amine, prend la parole. Tahar Ben Jelloun saisit cette occasion pour demander à Nicolas Sarkozy de se pencher sur la question du handicap en milieu scolaire. Cette puissance de communication ne s’explique pas : Tahar Benjelloun saisit la part d’universel, la part d’humanité que renferme chaque situation, chaque humain, aussi singulière, aussi étrange soit-elle. Mercredi 1 Avril 2009
Najat Azmy
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