Mabrouck Rachedi : un écrivain françaisC’est l’histoire d’un cadre sup, promis à une belle carrière d’analyste financier, qui lâche « tout », pour essayer de vivre de sa passion : l’écriture. A 32 ans, Mabrouck Rachedi, avant-dernier d’une famille de onze enfants, habite toujours un quartier populaire de Vigneux-Sur-Seine (91270).
Gamin, il était « toujours fourré à la bibliothèque ». C’est un élève brillant qui obtient un Bac C (scientifique). Il décrochera par la suite un DEA en sciences économique. « Très vite, j’ai été salarié dans une société en bourse. Je courrais vers ce dont j’avais manqué le plus, c'est-à-dire l’argent. ! Je me suis interrogé sur le sens à donner à cette quête insensée ». Il trouve alors un accord avec son patron pour quitter sa boîte sous de bonnes conditions. Mais l’après « finance » pour Mabrouck ressemble à un mauvais feuilleton. Très vite, il se retrouve au RMI : « Pour tout le monde, c’est une galère de se faire éditer, alors imagine ce que c’est quand tu viens de la banlieue et que tu t’appelles Mabrouck. Ce milieu m’était tellement étranger que j’ai envoyé mes manuscrits à des maisons d’éditions spécialistes de manuels sur le bricolage !».
Aujourd’hui, on ne sait pas si la sortie de son troisième livre ("Le petit Malik" aux Editions Lattès) y est pour quelque chose mais Mabrouck Rachedi ressemble de plus en plus à ce qu’il a toujours rêvé d’être : un écrivain. Il arrive au rencart avec sur le dos une longue veste noire, où on aperçoit en dessous un épais col roulé années 70. Sa démarche est nonchalante, et l’air est sérieux. Lui manque que la pipe au bec pour ressembler à Jean-Paul Sartre. Mais dans la France 2008, il reste encore et toujours aux yeux des médias « un écrivain de banlieue ». « Quand un gars du 16ème publie un bouquin, remarque le jeune homme, on ne dit pas qu’il est un écrivain bourgeois». Depuis les révoltes sociales de 2005, il semblerait que les éditeurs soient moins frileux à l’idée de publier des textes émanant d’une littérature dite urbaine. Comme pour couper court à quiconque verrait dans sa réussite une conséquence « aux événements de banlieues », que lui a été découvert en 2004... Son premier bouquin, « le poids d’une âme » (Editions Lattès) sort en 2006. L’auteur y raconte les mésaventures d'un jeune ado de banlieue, toujours au mauvais endroit au mauvais moment, la suite c’est une cité qui s’enflamme, un bus qui carbonise, un guet-apens contre des policiers. Un prélude à 2005... L’année d’après, le trentenaire publie « Eloge d’un miséreux », (Editions Michalon). Un essai satirique, un poil provocateur,-« qui ne parlait pas de la banlieue », précise-il, où un « pauvre », au lieu de pleurer sur sa misère, prend son malheur comme une aubaine pour profiter de son seul luxe : le temps libre. Avec son dernier livre, on suit l’itinéraire d’un jeune banlieusard. « L’histoire du petit Malik commence à 5 ans. A 26 ans, ce dernier, à défaut d’avoir toutes les réponses à ses questions, se posent enfin les bonnes questions ». On l’aura compris : les ouvrages de Mabrouck Rachedi ont une portée sociale et culturelle. Il s’emporte : « le pire c’est quand quelqu’un dit : je n’y arriverai pas, parce que je viens de la banlieue ». Même s’il admet volontiers « qu’il existe un vrai frein à l’ascension des classes populaires, en particulier de celles qu’on appelle les minorités visibles ». Aujourd’hui, si le jeune homme de 32 printemps ne trébuche pas sur des lingots d’or, ses livres et ses activités annexes lui permettent de joindre les deux bouts. Il anime des lieux d’écriture dans des collèges en banlieue et en province, il est également chroniqueur pour différents magazines. Il conclut l’interview: « il y a deux types de barrières : la réelle, celle que nous impose la société, et l’imaginaire, celle qui est ancrée dans nos têtes ». Autant d’obstacles que cet homme a su surmonter pour devenir ce qu’il est aujourd’hui : un écrivain qui a toute sa place aujourd’hui dans la littérature française. Lundi 2 Février 2009
Nadir Dendoune
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